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TONY ESTANGUET
Homme d'eau et de passion
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PM : Avoir eu des copains présents à Pékin en ces circonstances, ça vous a aidé ?
TE : Enormément. Le "fan club" de Pau venant à Pékin, prenant des risques pour le faire, pour partager une réelle amitié, ça fait chaud au coeur. Grâce à eux, j’ai perçu que, finalement, le résultat, c’était secondaire. Le résultat c’est ce vers quoi on tend, ce qui motive l’effort surhumain, le travail acharné, le dépassement de soi. Mais, à l’arrivée, ce qui était important, c’était la "compète", la quête. Les gens retiennent l’émotion, le parcours, la fièvre, la fête. Ça, ça restera. Questionnaire de Pau Mag
PM : Qu’est-ce qui vous fait courir ?
TE : La volonté. Celle de vaincre et celle d’apprendre à me découvrir. Ma quête personnelle. Je me teste en permanence sur des objectifs, des projets, des situations. Quelquefois c’est du bonheur, d’autres fois c’est difficile. Mais, dans les deux cas, j’aime savoir comment je vais réagir, comment je vais suivre. Vais-je subir ? Ou vais-je agir ? Ce que je veux, c’est agir, bien sûr. Car Agir c’est avancer et avancer c’est s’épanouir. Quel que soit le parcours, on peut toujours en apprendre sur soi et dépasser ses limites. Ce qui est valable dans le sport de haut niveau l’est aussi dans la vie personnelle. C’est demain qui fait courir ! Tout est à venir. Quel que soit le chemin, il faut croquer dans la vie et croire à l’avenir.
PM : Et l’amour dans tout ça ?
TE : Le plus important ! Magique. L’amour des personnes, l’amour de soi, l’amour de ce que l’on fait. Croire en la vie, à l’espoir des rencontres, aux performances de demain, c’est aussi de l’amour.
PM : Vous et Pau ? vos coins préférés ?
TE : C’est MA ville. Je n’ai jamais quitté Pau, même si j’en suis souvent absent. J’y suis viscéralement attaché. Mes coins préférés sont partout. Bien sûr, il y a le boulevard des Pyrénées : il est somptueux, j’adore m’y balader et m’asseoir au Café Russe pour boire un café en regardant mes montagnes… Quand je reviens, je fais toujours aussi une pause devant le château. Et je ne manque jamais non plus d’aller manger au Berry : le chateaubriand du Berry est une valeur sûre !… Et puis bien sûr, il y a le stade d’eau vive qui est une merveille. J’éprouve de la fierté d avoir contribué à ça, ainsi que de la reconnaissance pour André Labarrère qui a dit tout de suite banco et a porté le projet.

| Quels sont pour vous ? |
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| Le mot qui compte : |
L’EAU. C’est ma vie. L’élément
qui me fascine, qui me passionne, dans lequel je me
sens bien, à ma place, et qui parfois m’effraie… Son
côté imprévisible côtoie le calme parfait. |
| Le mot qui touche : |
SPORT. Parce-ce c’est le sport qui m’a apporté tout ce que j’ai pu vivre de meilleur. Les moments les plus heureux de ma vie, en famille ou dans mon parcours, sont liés au sport. Notre famille a été heureuse à travers le sport. Les souvenirs les plus forts qui tirent soit le rire soit l’émotion aux larmes, ce sont des fêtes et des déconvenues liées au sport. Le sport me touche au nom de ce que je lui dois, de ce qu’il m’a apporté. Il est mon histoire.
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| Le mot qui définit : |
POLYVALENT. J’aime toucher à tout. J’ai pratiqué tous les sports, repris des études, je suis curieux de tout. |
| Le mot qui motive : |
RÉUSSITE. |
| Le mot qui tue : |
RACISME. VIOLENCE. Ça va
ensemble. |
| Le mot essentiel : |
OLYMPISME. Pour l’universalité et la fraternité. Voir 205 pays se retrouver pendant quinze jours pour célébrer le sport, c’est un bel exemple de sagesse et d’humanité. |
| Un personnage phare : |
André Labarrère. C’est l’être qui m’a le plus impressionné : par sa réactivité, sa qualité d’écoute, l’intelligence de son analyse. Je n’étais rien du tout quand il a pris le parti de m’aider et de m’écouter. Il m’a reçu dans son bureau, m’a dit « c’est fantastique, ce sport, ce bassin, est-ce qu’on pourrait faire quelque chose à Pau ? » L’idée du stade d’eau vive est née en même temps qu’il en mesurait les retombées pour la ville. Il est un exemple d’humanisme incroyable. C’était aussi un visionnaire, très ancré dans le concret, le réel, mais en même temps, déjà dans l’avenir, le futur, avec un temps d’avance sur tout le monde. |
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Malgré son relatif échec à Pékin, n’oublions pas que ce grand champion a été deux fois médaille d’or aux J.O, ceux de Sydney en 2000 et ceux d’Athènes en 2004 . Certes, un troisième titre olympique, ça aurait été extraordinaire. Mais n’enlevons pas à Tony Estanguet qu’il sert merveilleusement le sport, tant par ses exploits sportifs que par ses qualités humaines et que ce n’est pas par hasard qu’il a été choisi pour être le portedrapeau de la France aux JO de Pékin !
ENTRETIEN, EN TOUTE PROFONDEUR, AVEC UN ÊTRE RARE QUI N’A RIEN PERDU DE SA COMBATIVITÉ NI DE SA FOI EN L’AVENIR ET DONT L’EXEMPLE NOUS ENSEIGNE QU’UN PARCOURS COMBATTANT TIRE AUSSI SA FORCE DE L’ÉPREUVE ET QUE CE N’EST PAS L’OR QUI FAIT FORCÉMENT LE BONHEUR.
Pau Magazine : Tony, comment devient-on champion, ça commence où ?
Tony Estanguet : Pour moi, dans l’enfance : une enfance sportive. Une famille sportive. Mes parents et mes frères, tous profs de sport ; Mes deux frères sportifs de haut niveau. J’ai eu une enfance marquée par le sport avec des vacances sportives qui procuraient d’extraordinaires sensations de plaisir : surf sur la côte, ski l’hiver, kayak en Espagne…Vingt ans de vacances de sport en famille. Ça forge une vie.
PM : Un souvenir marquant de ces années-là ?
TE : Le moment où l’on part en weekend prolongé. La caravane remplie de canoës : quatre ou cinq sur la voiture, trois dans la caravane. J’adorais ce chargement, promesse d’aventures inoubliables. L’impatience de découvrir et tester de nouvelles vagues. Le bonheur, dès la voiture, à l’idée de rencontrer la nature, puis les nouveaux paysages, l’adrénaline, toute la famille ensemble, l’exaltation de moments incroyablement forts. Pas question, à ce moment-là, qu’un jour, je sois sélectionné aux jeux olympiques mais c’était le même frisson ! Le même enjeu !
PM : C’est venu comment, le haut niveau ?
TE : Le contexte familial y est évidemment pour l’essentiel. J’étais le petit dernier : mes frères m’ont donné le virus. Je voyais leur émotion, le stress, la préparation de l’objectif. C’était naturel que ça se transmette : j’ai voulu faire pareil ! on vit des trucs bizarres en s’y essayant et, tout de suite, ça a été le virus. On ne sait pas, au départ, ce qui se passe et, à un moment, ce qu’on sait, c’est qu’on est pris !
PM : Le parcours de Tony Estanguet ?
TE : Le parcours d’un gosse de Pau : scolarité au quartier Berlioz à l’école Marançy, puis mon bac à Barthou à dix-huit ans. Après, sport à Paul Sabatier, à Toulouse, et licence S.T.A.P en trois ans : Je suis devenu prof de sport. Et puis, beaucoup plus tard, j’ai repris des études à Paris et obtenu en 2005 un master en marketing. J’aime être touche-à-tout. Je ne me contente pas.
PM : Dans quel but le marketing ?
TE : J’ai une formation, un parcours très empreints du monde associatif. Or, pour développer le sport, il faut se rapprocher de la sphère privée et trouver des budgets auprès des entreprises. Le marketing permet d’imaginer comment mieux vendre un sport auprès des sponsors et cette licence d’agrémenter ma formation, exclusivement associative, de connaissances plus utiles commercialement au développement de mon sport.
PM : Le mot « échec » colle mal avec votre personnalité. Comment le vivez-vous ?
TE : Il est dur. Pourtant je le tempère car ces jeux 2008 resteront pour moi une aventure humaine extraordinaire. J’ai été porte-drapeau d’une nation, j’ai défilé dans une communion d’émotion indicible et j’ai mesuré à quel point le sport peut générer du rêve. Ses valeurs sont plus que jamais bénéfiques pour la société et le monde tout entier. Voir trois cents athlètes défiler avec moi, c’était un message fort d’universalité et de paix. Des valeurs que je connais bien mais qui m’ont encore plus sauté aux yeux lors de ce défilé où elles m’emplissaient littéralement. Ça vaut tout l’or du monde d’avoir vécu ce moment incroyable de porte-drapeau, qui restera gravé en moi pour toujours.
PM : Cela peut-il vraiment compenser le bonheur envolé d’une troisième médaille d’or ?
TE : Oui. Vraiment. Car ces jeux vont rester pour moi la prise de conscience de l’importance du sport dans la société, de sa puissance d’unification et du pouvoir des jeux olympiques pour générer cette part ardente de rêve auprès des plus jeunes. Même s’il est dédié au sport et à la nation, le bonheur de gagner reste égoïste. La puissance d’une médaille d’or écrase un peu tout le reste ! L’apport de mon échec, c’est que j’étais plus fragile donc beaucoup plus sensible à tout ce qui se passait autour de moi.
PM : Vous êtes bien placé pour faire la comparaison puisque l’or, vous l’avez eu deux fois…
TE : Oui. Pour la première fois, j’ai vécu l’échec : une claque, la stupeur, le choc. Mais j’ai gagné autre chose : ça m’a fait mûrir et ça m’a apporté une expérience très, très forte. Sportivement, ça a été très dur, très douloureux donc, forcément, ça va me faire avancer ! A titre personnel, paradoxalement, ça a été une aventure beaucoup, beaucoup plus forte que les autres fois. Je me suis rendu compte beaucoup plus de l’intérêt fixé autour de ma performance, et des valeurs humaines que je représentais. Et c’est pourquoi cela a été plus fort que tout ce que j’avais connu auparavant.
PM : Même l’échec est bénéfique , alors ?
TE : C’est la leçon que j’en tire. Je me laisse du temps pour faire le point sur ce qui m’est arrivé. Mais, d’ores et déjà, je sais que je n’en retire pas que du négatif, loin de là, même si, sur le plan résultats, c’est une grande, une immense déception.
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OCTOBRE 2008 - ©PauMagazine |
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